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1961, le centenaire de la naissance d’Aristide Maillol

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« En décembre 1961 – le 8 décembre – Maillol aurait eu 100 ans. Les expositions organisées pour commémorer cet anniversaire prouvent que le souvenir de l’artiste est vivant, que son exemple est encore à saisir, que son étape s’inscrit dans le vaste pèlerinage du monde vers la Beauté ».[1]

Aristide Maillol meurt le 27 septembre 1944, quelques temps seulement après la libération de Paris, des suites d’un accident de voiture alors qu’il circulait sur les routes de sa Catalogne natale, pour rendre visite à son ami Raoul Dufy. Comme l’exprime Waldemar George, « ce trépas d’un vieillard qui avait conservé une jeunesse éternelle décapite l’art français ».[2]

Deux ans après sa mort, une salle est dédiée à Maillol par le Salon d’Automne, salon qui l’a révélé au public en 1905 avec son œuvre Mediterranée, en même temps que les peintres fauves. Puis la Galerie Charpentier organise une rétrospective des ouvrages illustrés de l’artiste. Mais aucun véritable hommage national ne lui est rendu.

L’année 1961, centenaire de sa naissance, représente un véritable tournant dans la réception de l’œuvre de Maillol. De nombreux événements sont organisés pour célébrer son génie et son apport dans l’histoire de l’art, venant aussi bien d’initiatives privées que des pouvoirs publics. Comme l’exprime Robert Couturier – qui fut son praticien – en cette date anniversaire, « Cent ans, c’est le grand âge pour un homme, mais pour une sculpture, un début dans la vie. Tout au moins pour une sculpture conçue comme celles de Maillol ».[3]

Les célébrations du centenaire de Maillol commencent par une exposition à la galerie Alfred Daber, boulevard Haussmann à Paris. Dans cette exposition, qui n’a pas la prétention de rendre compte de toute l’œuvre de Maillol, on retrouve un grand bronze, Torse de jeune fille, une série de statuettes en bronze et en terre cuite, une trentaine de dessins et des huiles sur toile.

Cet événement sera suivi par un projet plus ambitieux, la plus grande exposition jamais organisée de l’œuvre de Maillol, qui se tient au Musée d’art moderne de Paris du 23 juin au 2 octobre 1961. Le public peut y voir différents aspects de son œuvre : y sont exposés 106 sculptures, 26 peintures, 74 dessins, 12 pièces décoratives, et ses illustrations réalisées pour des publications. La presse et la critique réservent un bon accueil à cette rétrospective, et on peut lire notamment sous la plume du critique Waldemar-George : « L’Exposition Maillol, mise en place par Mme Dina Vierny, qui en dressa le plan et fixa l’ordonnance générale, n’offrait pas ce spectacle de nécropole de marbres que présentent d’habitude les groupements de sculptures dans les musées et dans les glyptothèques. La vue en était celle d’un paradis terrestre. »[4] Citons encore les éloges de Raymond Charmet qui évoque « la passion inlassable du corps féminin, analysé, fouillé, synthétisé avec une puissance sculpturale unie à une sensibilité charnelle presque insoutenable ».[5]

Avant sa mort, Maillol avait exprimé le souhait d’être inhumé dans sa métairie, près de Banyuls. Mais en 1961, le caveau était encore vide et le bronze de la Méditerranée qui devait être placé sur sa tombe avait été vendu à un collectionneur américain. Pour le centenaire de sa naissance, 17 ans après sa mort, des funérailles nationales sont organisées, et ses vœux sont enfin exaucés. André Malraux avait été pressenti pour présider la « journée Maillol » à Banyuls, mais c’est finalement Jean Cassou, directeur du Musée d’art moderne, qui supervise la cérémonie du transfert des cendres de l’artiste.   

Enfin, un dernier hommage lui est rendu par l’édition d’un timbre dès février 1961 avec le dessin d’une de ses sculptures les plus emblématiques, Méditerranée (1905), dont un bronze sera installé quatre ans plus tard au jardin du Carrousel, à l’initiative de Dina Vierny et André Malraux, avec 17 autres œuvres de l’artiste.

L’année 1961 marque donc une année charnière dans la reconnaissance de l’héritage laissé par Maillol dans le paysage artistique français et au-delà, même s’il faudra attendre 2022 pour qu’une nouvelle rétrospective importante lui soit consacrée à Paris (Maillol (1861-1944). La quête de l’harmonie, Musée d’Orsay). La critique émise par Waldemar-George en 1961 sur l’importance de son œuvre est toujours d’actualité 60 ans plus tard : « Le rayonnement de Maillol dans le monde démontre que le maître ne parle pas patois et que son répertoire recèle des germes d’universalité ».[6]


[1] Jean Aubert, « Les idées et les hommes », La revue française, n° 135, décembre 1961, pp. 47-48.

[2] Waldemar-George, « Maillol », in Combat-Art, 2 octobre 1961, p. 2.

[3] Robert Couturier, « Un homme vraiment libre », in Arts, 28 juin 1961.

[4] Waldemar-George, op. cit.

[5] Raymond Charmet, « Maillol rappelle le principe des arts plastiques, l’admiration de l’homme pour le corps de la femme », in Arts, 28 juin 1961.  

[6] Waldemar-George, op. cit.

Vue de l’exposition Hommage à Aristide Maillol au Musée national d’art moderne, 1961 © Keystone-France / Gamma Rapho

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