Une exposition itinérante consacrée à Aristide Maillol (1861-1944) et Manolo Hugué (1872-1945) réunit sculptures et dessins qui mettent en lumière leur proximité artistique et leurs différences de style.24.02.2026
Vue d’exposition Maillol – Manolo. La escultura pura © Galería Leandro Navarro Le projet a été imaginé par Àlex Susanna, philosophe et historien de l'art, qui a étudié et suivi tout au long de sa carrière les œuvres de ces deux sculpteurs. Les pièces présentées proviennent de plusieurs collections, avec un rôle particulier joué par Artur Ramon Art, qui conserve et valorise l'œuvre de Manolo, et par la Galerie Dina Vierny, garante de l'héritage de Maillol. Après Madrid, l'exposition sera présentée à Barcelone, chez Artur Ramon Art, puis à Paris, à la Galerie Dina Vierny, à la rentrée prochaine. Maillol et Manolo se sont rencontrés au début du XXᵉ siècle et se sont rapprochés pendant la Première Guerre mondiale, lorsqu'ils se replient dans les Pyrénées-Orientales. Maillol à Banyuls-sur-Mer, Manolo à Céret, ils trouvent dans ce cadre méditerranéen un espace de création et d'échanges artistiques. Leur relation, documentée notamment par Pierre Camo, magistrat, écrivain et poète natif de Céret, souligne une admiration réciproque et un dialogue durable entre les deux artistes. Pierre Camo rapporte dans ses écrits plusieurs rencontres entre Maillol et Manolo, notamment lors de l'exposition d'Etienne Terrus à Perpignan fin 1912. Il évoque le séjour de Maillol à Céret en décembre 1912, où les deux sculpteurs assistèrent à la messe de minuit accompagnés de Déodat de Séverac. Des années plus tard, Camo conservera une photographie du buste que Manolo réalisa de lui, et se remémorera les repas partagés dans la maison de Banyuls, où se croisaient Matisse, Marquet, Terrus et Daniel de Monfreid.


Vue d’exposition Maillol – Manolo. La escultura pura © Galería Leandro Navarro

Vue d’exposition Maillol – Manolo. La escultura pura © Galería Leandro Navarro
Tous deux partagent une recherche de sculpture pure, fondée sur l'équilibre et la simplicité des formes. Le corps féminin occupe une place centrale dans leur œuvre. Maillol développe des volumes pleins et continus, aux surfaces lisses, et Manolo adopte une approche plus retenue, parfois plus archaïque. Tous deux travaillent la pierre, le bronze et la terre cuite, et utilisent le dessin comme outil préparatoire. La femme est l'un de leurs thèmes de prédilection, le corps féminin nu étant perçu comme un idéal de perfection, symbole d'harmonie et d'éternité. Cependant, leur approche est différente. Maillol est un artiste qui aborde le corps féminin par le biais de la sensualité, tandis que l'approche de Manolo est plus prudente, plus innocente ou primitive. Maillol et Manolo sont des autodidactes venus tardivement à la sculpture : le premier après la sculpture sur bois, et le second après la joaillerie, sous l'égide de Paco Durrio, disciple de Gauguin. Venu aux Nabis par Gauguin, Maillol est l'ami de Pierre Bonnard, d'Édouard Vuillard et de Maurice Denis, qui le considèrent comme un « primitif classique ». À partir de 1900, à cause d'une maladie des yeux, il se consacre exclusivement à la sculpture. Il crée un prototype de femme aux formes voluptueuses typiques du Roussillon, symbole de la joie de vivre. La plénitude des volumes se referme sur une sculpture lisse, aux contours limités, où la main de l'artiste n'est pas perceptible. La figure est expressive grâce à la rondeur de sa silhouette, alors que le visage est le plus souvent inexpressif, sans émotion, et en cela elle ressemble aussi à Manolo.

Aristide Maillol, 'Le Couple' (ou 'L’homme et la femme'), 1896, Bronze, 17 × 16 × 8,6 cm

Manolo Hugué, 'Danse de Salomé', 1927–28, Terre cuite, 23 × 22,5 × 6 cm
Le parcours met en regard des œuvres qui entretiennent un dialogue formel particulièrement étroit. Certaines pièces se répondent dans le traitement des volumes et des postures, comme les reliefs en terre cuite ‘Les Porteuses d’eau de Maillol’ (1898) et ‘Deux femmes de Manolo’ (1924). Faisant émerger des correspondances thématiques et expressives autour du corps humain, du mouvement et de la relation entre les figures ‘La Danse de Salomé’ de Manolo (relief en terre cuite, 1927–1928) et ‘Le Couple’ de Maillol (bronze, 1896) attestent de ce dialogue. Si les deux œuvres traduisent une tension entre les corps à travers la danse, elles en proposent des lectures différentes : chez Maillol, le mouvement suggère une relation de proximité et de sensualité ; chez Manolo, la figure féminine devient le vecteur d’un récit symbolique et de tragédie. Maillol et Manolo incarnent une modernité singulière, fondée sur l'étude du corps humain et la rigueur des formes. En marge des avant-gardes dominantes du XXᵉ siècle, ils ont développé une œuvre cohérente et exigeante, tournée vers la permanence plutôt que la rupture. Deux noms, deux hommes qui cherchent à représenter la beauté du monde, la femme comme symbole, à travers des œuvres de filiation grecque archaïque qui explorent les surfaces planes et la force du geste immortalisé dans le bronze ou l'argile.
Tous deux partagent une recherche de sculpture pure, fondée sur l'équilibre et la simplicité des formes. Le corps féminin occupe une place centrale dans leur œuvre. Maillol développe des volumes pleins et continus, aux surfaces lisses, et Manolo adopte une approche plus retenue, parfois plus archaïque. Tous deux travaillent la pierre, le bronze et la terre cuite, et utilisent le dessin comme outil préparatoire. La femme est l'un de leurs thèmes de prédilection, le corps féminin nu étant perçu comme un idéal de perfection, symbole d'harmonie et d'éternité. Cependant, leur approche est différente. Maillol est un artiste qui aborde le corps féminin par le biais de la sensualité, tandis que l'approche de Manolo est plus prudente, plus innocente ou primitive. Maillol et Manolo sont des autodidactes venus tardivement à la sculpture : le premier après la sculpture sur bois, et le second après la joaillerie, sous l'égide de Paco Durrio, disciple de Gauguin. Venu aux Nabis par Gauguin, Maillol est l'ami de Pierre Bonnard, d'Édouard Vuillard et de Maurice Denis, qui le considèrent comme un « primitif classique ». À partir de 1900, à cause d'une maladie des yeux, il se consacre exclusivement à la sculpture. Il crée un prototype de femme aux formes voluptueuses typiques du Roussillon, symbole de la joie de vivre. La plénitude des volumes se referme sur une sculpture lisse, aux contours limités, où la main de l'artiste n'est pas perceptible. La figure est expressive grâce à la rondeur de sa silhouette, alors que le visage est le plus souvent inexpressif, sans émotion, et en cela elle ressemble aussi à Manolo.
Vue d’exposition Maillol – Manolo. La escultura pura © Galería Leandro Navarro Une exposition itinérante consacrée à Aristide Maillol (1861-1944) et Manolo Hugué (1872-1945) réunit sculptures et dessins qui mettent en lumière leur proximité artistique et leurs différences de style.
Le projet a été imaginé par Àlex Susanna, philosophe et historien de l'art, qui a étudié et suivi tout au long de sa carrière les œuvres de ces deux sculpteurs. Les pièces présentées proviennent de plusieurs collections, avec un rôle particulier joué par Artur Ramon Art, qui conserve et valorise l'œuvre de Manolo, et par la Galerie Dina Vierny, garante de l'héritage de Maillol. Après Madrid, l'exposition sera présentée à Barcelone, chez Artur Ramon Art, puis à Paris, à la Galerie Dina Vierny, à la rentrée prochaine. Maillol et Manolo se sont rencontrés au début du XXᵉ siècle et se sont rapprochés pendant la Première Guerre mondiale, lorsqu'ils se replient dans les Pyrénées-Orientales. Maillol à Banyuls-sur-Mer, Manolo à Céret, ils trouvent dans ce cadre méditerranéen un espace de création et d'échanges artistiques. Leur relation, documentée notamment par Pierre Camo, magistrat, écrivain et poète natif de Céret, souligne une admiration réciproque et un dialogue durable entre les deux artistes. Pierre Camo rapporte dans ses écrits plusieurs rencontres entre Maillol et Manolo, notamment lors de l'exposition d'Etienne Terrus à Perpignan fin 1912. Il évoque le séjour de Maillol à Céret en décembre 1912, où les deux sculpteurs assistèrent à la messe de minuit accompagnés de Déodat de Séverac. Des années plus tard, Camo conservera une photographie du buste que Manolo réalisa de lui, et se remémorera les repas partagés dans la maison de Banyuls, où se croisaient Matisse, Marquet, Terrus et Daniel de Monfreid.
Tous deux partagent une recherche de sculpture pure, fondée sur l'équilibre et la simplicité des formes. Le corps féminin occupe une place centrale dans leur œuvre. Maillol développe des volumes pleins et continus, aux surfaces lisses, et Manolo adopte une approche plus retenue, parfois plus archaïque. Tous deux travaillent la pierre, le bronze et la terre cuite, et utilisent le dessin comme outil préparatoire. La femme est l'un de leurs thèmes de prédilection, le corps féminin nu étant perçu comme un idéal de perfection, symbole d'harmonie et d'éternité. Cependant, leur approche est différente. Maillol est un artiste qui aborde le corps féminin par le biais de la sensualité, tandis que l'approche de Manolo est plus prudente, plus innocente ou primitive. Maillol et Manolo sont des autodidactes venus tardivement à la sculpture : le premier après la sculpture sur bois, et le second après la joaillerie, sous l'égide de Paco Durrio, disciple de Gauguin. Venu aux Nabis par Gauguin, Maillol est l'ami de Pierre Bonnard, d'Édouard Vuillard et de Maurice Denis, qui le considèrent comme un « primitif classique ». À partir de 1900, à cause d'une maladie des yeux, il se consacre exclusivement à la sculpture. Il crée un prototype de femme aux formes voluptueuses typiques du Roussillon, symbole de la joie de vivre. La plénitude des volumes se referme sur une sculpture lisse, aux contours limités, où la main de l'artiste n'est pas perceptible. La figure est expressive grâce à la rondeur de sa silhouette, alors que le visage est le plus souvent inexpressif, sans émotion, et en cela elle ressemble aussi à Manolo.

Aristide Maillol, 'Le Couple' (ou 'L’homme et la femme'), 1896, Bronze, 17 × 16 × 8,6 cm

Manolo Hugué, 'Danse de Salomé', 1927–28, Terre cuite, 23 × 22,5 × 6 cm
Le parcours met en regard des œuvres qui entretiennent un dialogue formel particulièrement étroit. Certaines pièces se répondent dans le traitement des volumes et des postures, comme les reliefs en terre cuite ‘Les Porteuses d’eau de Maillol’ (1898) et ‘Deux femmes de Manolo’ (1924). Faisant émerger des correspondances thématiques et expressives autour du corps humain, du mouvement et de la relation entre les figures ‘La Danse de Salomé’ de Manolo (relief en terre cuite, 1927–1928) et ‘Le Couple’ de Maillol (bronze, 1896) attestent de ce dialogue. Si les deux œuvres traduisent une tension entre les corps à travers la danse, elles en proposent des lectures différentes : chez Maillol, le mouvement suggère une relation de proximité et de sensualité ; chez Manolo, la figure féminine devient le vecteur d’un récit symbolique et de tragédie. Maillol et Manolo incarnent une modernité singulière, fondée sur l'étude du corps humain et la rigueur des formes. En marge des avant-gardes dominantes du XXᵉ siècle, ils ont développé une œuvre cohérente et exigeante, tournée vers la permanence plutôt que la rupture. Deux noms, deux hommes qui cherchent à représenter la beauté du monde, la femme comme symbole, à travers des œuvres de filiation grecque archaïque qui explorent les surfaces planes et la force du geste immortalisé dans le bronze ou l'argile.
Galerie Dina Vierny
36 rue Jacob 75006 Paris
53 Rue de Seine, 75006 Paris
Ouvert du mardi au samedi de 11h à 19h
Galerie Dina Vierny
36 rue Jacob 75006 Paris
53 Rue de Seine, 75006 Paris
Ouvert du mardi au samedi
de 11h à 19h
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