Pour Edgar Sarin, l'exposition est bien plus qu'un simple accrochage : c'est un système vivant qui évolue à travers différents états d'équilibre. Au cœur de la chapelle historique du Donjon de Vez, achevée à la fin du XIVe siècle, l'artiste déploie des stratégies d'occupation qui dialoguent avec l'âme du lieu. Mathilde de Croix, commissaire de l'exposition Edgar Sarin - Pow. R. Toc H., réalisée en collaboration avec la Galerie Dina Vierny, nous présente cette rencontre singulière entre art contemporain et patrimoine médiéval.04.07.2026
Vue de l'exposition Edgar Sarin - Pow. R. Toc H. au Donjon de Vez © Romain Darnaud Edgar Sarin, né en 1989, passe de la peinture à la sculpture à l’exposition dans un flux continu ; autant de médiums, de matières et d’espaces où un geste en entraîne un autre. Cette porosité entre les œuvres est renforcée par l’idée de la proximité – celle à un lieu, à un contexte, à ce qui est disponible. L’exposition est alors, pour lui, à la fois un grand système artificiel et préparé, mais aussi un organisme vivant qui tend à prendre son autonomie, sa propre existence. Il déploie des stratégies d’occupations qui, au fur et à mesure du temps, s’affirment comme une volonté de s’installer dans un espace, dans une tension entre sédentarisation et exil forcé. Dans la chapelle du Donjon de Vez, dont chaque espace est lié à sa fonction d’origine – un lieu de culte – et autonome par ses qualités architecturales, il éprouve plusieurs principes récurrents pour habiter l’espace, oscillant entre système défini et geste spontané. Le premier se concrétise par l’installation à l’extérieur des remparts du Donjon, de la sculpture monumentale Bronze aux amphores (2026). Ces contenants – forme archétypale à la fonction révolue – destinés au stockage et au transport d’une production sont ici immobilisés par un double geste : celui de les fondre en bronze et de les empiler les uns sur les autres. Le titre de l’exposition, emprunté à un morceau instrumental de Pink Floyd, ponctué, dans sa première partie, par divers cris et effets sonores, donne la couleur de l’exposition, comme un hors champ volontaire : un titre qui sonne bien, tout simplement, et un morceau absent.


Vue de l'exposition Edgar Sarin - Pow. R. Toc H. au Donjon de Vez © Romain Darnaud
CHAPELLER La chapelle du Donjon de Vez est un espace chargé : diverses fonctions, symboliques, strates du temps et œuvres matérielles y cohabitent. Edgar Sarin glisse une présence, afin de préserver l’espace et ses occupants. Avec Héroïque égyptienne (2026), l’artiste poursuit son exploration de la gravité, où la juxtaposition d’éléments produisait des états d’équilibre non figés. Le passage au bronze assemble définitivement cette nouvelle typologie de geste, à l’instar du Bronze aux amphores, installé à l’extérieur des remparts. Également coulé en bronze, Héroïque égyptienne prend pour point de départ une tête sculptée par Artistide Maillol, reproduite quatre fois. L’équilibre entre vide et plein, entre les creux et les reliefs, lui permettent de les empiler avec une stabilité inattendue. Par ce geste, l’artiste révèle la perception changeante de la géométrie d’un visage, qui varie selon le point de vue duquel on se place. Les deux tableaux Hildegard von Bingen series (2026) trouvent leur origine dans le motif des plafonds étoilés utilisés depuis le paléochrétien pour symboliser la voûte céleste, et font écho aux visions de cette figure mystique dont les peintures portent le nom. Point de départ d’une série, ces deux œuvres découlent d’une pratique récurrente de l’artiste qui consistait à dessiner sur les murs de ses propres architectures durant toutes la durée de ses premières expositions. Revenant sur ses propres peintures, monochromes ou paysages, Edgar Sarin retire la matière, la grave et la raye, transformant totalement l’œuvre d’origine, ou pour le dire autrement, dégageant une autre réalité à partir de ce qui était déjà là. Ces deux gestes adviennent en deux temps et évoquent la bascule entre une œuvre de départ qu’elle soit de l’artiste ou non – et la mise au point d’un système oscillant entre principe récurrent (empiler ou graver) et aléatoire. En laissant advenir la présence de chaque œuvre sans doute permet-il au visiteur de traverser ce lieu et commencer à l’habiter véritablement.

Vue de l'exposition Edgar Sarin - Pow. R. Toc H. au Donjon de Vez © Romain Darnaud
SALLE DES GARDES La salle des gardes, contiguë au logis du seigneur (aujourd’hui détruit), était un passage obligé pour atteindre les pièces suivantes. Ce sas de sécurité entre l’extérieur et l’intérieur rappelle ce vers du poète et artiste Pierre Albert-Birot : « Le monde bat de l’autre côté de ma porte ». Dans cet espace de seuil, Edgar Sarin déploie Architecture n°1 – principe flexible (2026). Contrairement aux archétypes d’architectures réalisés de 2020 à 2024 – des espaces que l’ar- tiste installait dans ses expositions et qu’il utilisait en tant que support pour produire une série de gestes spontanés –, Edgar Sarin entame un nouveau cycle d’architectures fonctionnelles, destinées à être déplacées, déployées et, finalement, habitées. Cette tente dépouillée, pour une seule per- sonne, parvient à elle-seule à symboliser ce que Gaston Bachelard appelle « l’absolu du refuge ». Isolée dans cette pièce qui pourrait en accueillir de nombreuses autres, elle prend l’allure d’un abri, d’une hutte, qui « est la solitude centrée ». Indice d’une habitation active, plusieurs objets fonctionnels, taillés en bois, sont mis à disposition. Une sculpture de la série Haniwa (2023) est déposée dans l’espace, inspirée des objets funéraires japonais qui étaient placés autour des sépultures.

Vue de l'exposition Edgar Sarin - Pow. R. Toc H. au Donjon de Vez © Romain Darnaud

Vue de l'exposition Edgar Sarin - Pow. R. Toc H. au Donjon de Vez © Romain Darnaud
SALLE EIFFEL Dans cette salle sous comble, sous le ciel, adop- tant la forme d’une proue et dont l’ossature métallique a été conçue par Gustave Eiffel, Edgar Sarin place deux sculptures : un Sarcophage (2025) aux dimensions réduites et Nouveau Monument (2026), imaginé à partir d’un ex-voto gallo-romain. L’un comme l’autre attestent de la survivance d’objets fonctionnels qui opéraient une mise en relation entre le monde des mortels et des divins. Devant ces sculptures, un ventilateur met l’air en mouvement, le rend palpable et tangible, soulignant l’empreinte que laisse une œuvre dans un espace, comme un sillon dans le ciel. Avec ce geste improvisé, l’artiste déplace la symbolique de ces objets de passage. Il souligne le moment où advient le « Presque-rien » théorisé par Vladimir Jankélévitch, et nous donne la possibilité « d’entrevoir ce qui n’existe qu’en faisant et en train de faire », cet « élément invisible, ambigu, inexistant » ; « ce qui manque lorsqu’au moins, en apparence, il ne manque rien. »
Classé Monument Historique en 1906, le Donjon de Vez est un lieu incontournable du patrimoine français. Situé au cœur de l’Oise, véritable forteresse médiévale, avec ses murailles, ses courtines, et ses mâchicoulis, le Donjon de Vez est devenu en 1987 un lieu dédié à la création contemporaine. Abritant un ensemble de sculptures monumentales, le Donjon et son parc, labellisé Jardin Remarquable par le ministère de la Culture en 2007, bénéficient d’une mise en valeur originale qui allie installations in situ et architectures féodales. Le Donjon de Vez conjugue patrimoine et modernité, tel un interstice entre l’époque médiévale et contemporaine. Mathilde de Croix, commissaire d'exposition

Vue de l'exposition Edgar Sarin - Pow. R. Toc H. au Donjon de Vez © Romain Darnaud
CHAPELLER La chapelle du Donjon de Vez est un espace chargé : diverses fonctions, symboliques, strates du temps et œuvres matérielles y cohabitent. Edgar Sarin glisse une présence, afin de préserver l’espace et ses occupants. Avec Héroïque égyptienne (2026), l’artiste poursuit son exploration de la gravité, où la juxtaposition d’éléments produisait des états d’équilibre non figés. Le passage au bronze assemble définitivement cette nouvelle typologie de geste, à l’instar du Bronze aux amphores, installé à l’extérieur des remparts. Également coulé en bronze, Héroïque égyptienne prend pour point de départ une tête sculptée par Artistide Maillol, reproduite quatre fois. L’équilibre entre vide et plein, entre les creux et les reliefs, lui permettent de les empiler avec une stabilité inattendue. Par ce geste, l’artiste révèle la perception changeante de la géométrie d’un visage, qui varie selon le point de vue duquel on se place. Les deux tableaux Hildegard von Bingen series (2026) trouvent leur origine dans le motif des plafonds étoilés utilisés depuis le paléochrétien pour symboliser la voûte céleste, et font écho aux visions de cette figure mystique dont les peintures portent le nom. Point de départ d’une série, ces deux œuvres découlent d’une pratique récurrente de l’artiste qui consistait à dessiner sur les murs de ses propres architectures durant toutes la durée de ses premières expositions. Revenant sur ses propres peintures, monochromes ou paysages, Edgar Sarin retire la matière, la grave et la raye, transformant totalement l’œuvre d’origine, ou pour le dire autrement, dégageant une autre réalité à partir de ce qui était déjà là. Ces deux gestes adviennent en deux temps et évoquent la bascule entre une œuvre de départ qu’elle soit de l’artiste ou non – et la mise au point d’un système oscillant entre principe récurrent (empiler ou graver) et aléatoire. En laissant advenir la présence de chaque œuvre sans doute permet-il au visiteur de traverser ce lieu et commencer à l’habiter véritablement.
Vue de l'exposition Edgar Sarin - Pow. R. Toc H. au Donjon de Vez © Romain Darnaud Pour Edgar Sarin, l'exposition est bien plus qu'un simple accrochage : c'est un système vivant qui évolue à travers différents états d'équilibre. Au cœur de la chapelle historique du Donjon de Vez, achevée à la fin du XIVe siècle, l'artiste déploie des stratégies d'occupation qui dialoguent avec l'âme du lieu. Mathilde de Croix, commissaire de l'exposition Edgar Sarin - Pow. R. Toc H., réalisée en collaboration avec la Galerie Dina Vierny, nous présente cette rencontre singulière entre art contemporain et patrimoine médiéval.
Edgar Sarin, né en 1989, passe de la peinture à la sculpture à l’exposition dans un flux continu ; autant de médiums, de matières et d’espaces où un geste en entraîne un autre. Cette porosité entre les œuvres est renforcée par l’idée de la proximité – celle à un lieu, à un contexte, à ce qui est disponible. L’exposition est alors, pour lui, à la fois un grand système artificiel et préparé, mais aussi un organisme vivant qui tend à prendre son autonomie, sa propre existence. Il déploie des stratégies d’occupations qui, au fur et à mesure du temps, s’affirment comme une volonté de s’installer dans un espace, dans une tension entre sédentarisation et exil forcé. Dans la chapelle du Donjon de Vez, dont chaque espace est lié à sa fonction d’origine – un lieu de culte – et autonome par ses qualités architecturales, il éprouve plusieurs principes récurrents pour habiter l’espace, oscillant entre système défini et geste spontané. Le premier se concrétise par l’installation à l’extérieur des remparts du Donjon, de la sculpture monumentale Bronze aux amphores (2026). Ces contenants – forme archétypale à la fonction révolue – destinés au stockage et au transport d’une production sont ici immobilisés par un double geste : celui de les fondre en bronze et de les empiler les uns sur les autres. Le titre de l’exposition, emprunté à un morceau instrumental de Pink Floyd, ponctué, dans sa première partie, par divers cris et effets sonores, donne la couleur de l’exposition, comme un hors champ volontaire : un titre qui sonne bien, tout simplement, et un morceau absent.
CHAPELLER La chapelle du Donjon de Vez est un espace chargé : diverses fonctions, symboliques, strates du temps et œuvres matérielles y cohabitent. Edgar Sarin glisse une présence, afin de préserver l’espace et ses occupants. Avec Héroïque égyptienne (2026), l’artiste poursuit son exploration de la gravité, où la juxtaposition d’éléments produisait des états d’équilibre non figés. Le passage au bronze assemble définitivement cette nouvelle typologie de geste, à l’instar du Bronze aux amphores, installé à l’extérieur des remparts. Également coulé en bronze, Héroïque égyptienne prend pour point de départ une tête sculptée par Artistide Maillol, reproduite quatre fois. L’équilibre entre vide et plein, entre les creux et les reliefs, lui permettent de les empiler avec une stabilité inattendue. Par ce geste, l’artiste révèle la perception changeante de la géométrie d’un visage, qui varie selon le point de vue duquel on se place. Les deux tableaux Hildegard von Bingen series (2026) trouvent leur origine dans le motif des plafonds étoilés utilisés depuis le paléochrétien pour symboliser la voûte céleste, et font écho aux visions de cette figure mystique dont les peintures portent le nom. Point de départ d’une série, ces deux œuvres découlent d’une pratique récurrente de l’artiste qui consistait à dessiner sur les murs de ses propres architectures durant toutes la durée de ses premières expositions. Revenant sur ses propres peintures, monochromes ou paysages, Edgar Sarin retire la matière, la grave et la raye, transformant totalement l’œuvre d’origine, ou pour le dire autrement, dégageant une autre réalité à partir de ce qui était déjà là. Ces deux gestes adviennent en deux temps et évoquent la bascule entre une œuvre de départ qu’elle soit de l’artiste ou non – et la mise au point d’un système oscillant entre principe récurrent (empiler ou graver) et aléatoire. En laissant advenir la présence de chaque œuvre sans doute permet-il au visiteur de traverser ce lieu et commencer à l’habiter véritablement.

Vue de l'exposition Edgar Sarin - Pow. R. Toc H. au Donjon de Vez © Romain Darnaud
SALLE DES GARDES La salle des gardes, contiguë au logis du seigneur (aujourd’hui détruit), était un passage obligé pour atteindre les pièces suivantes. Ce sas de sécurité entre l’extérieur et l’intérieur rappelle ce vers du poète et artiste Pierre Albert-Birot : « Le monde bat de l’autre côté de ma porte ». Dans cet espace de seuil, Edgar Sarin déploie Architecture n°1 – principe flexible (2026). Contrairement aux archétypes d’architectures réalisés de 2020 à 2024 – des espaces que l’ar- tiste installait dans ses expositions et qu’il utilisait en tant que support pour produire une série de gestes spontanés –, Edgar Sarin entame un nouveau cycle d’architectures fonctionnelles, destinées à être déplacées, déployées et, finalement, habitées. Cette tente dépouillée, pour une seule per- sonne, parvient à elle-seule à symboliser ce que Gaston Bachelard appelle « l’absolu du refuge ». Isolée dans cette pièce qui pourrait en accueillir de nombreuses autres, elle prend l’allure d’un abri, d’une hutte, qui « est la solitude centrée ». Indice d’une habitation active, plusieurs objets fonctionnels, taillés en bois, sont mis à disposition. Une sculpture de la série Haniwa (2023) est déposée dans l’espace, inspirée des objets funéraires japonais qui étaient placés autour des sépultures.

Vue de l'exposition Edgar Sarin - Pow. R. Toc H. au Donjon de Vez © Romain Darnaud

Vue de l'exposition Edgar Sarin - Pow. R. Toc H. au Donjon de Vez © Romain Darnaud
SALLE EIFFEL Dans cette salle sous comble, sous le ciel, adop- tant la forme d’une proue et dont l’ossature métallique a été conçue par Gustave Eiffel, Edgar Sarin place deux sculptures : un Sarcophage (2025) aux dimensions réduites et Nouveau Monument (2026), imaginé à partir d’un ex-voto gallo-romain. L’un comme l’autre attestent de la survivance d’objets fonctionnels qui opéraient une mise en relation entre le monde des mortels et des divins. Devant ces sculptures, un ventilateur met l’air en mouvement, le rend palpable et tangible, soulignant l’empreinte que laisse une œuvre dans un espace, comme un sillon dans le ciel. Avec ce geste improvisé, l’artiste déplace la symbolique de ces objets de passage. Il souligne le moment où advient le « Presque-rien » théorisé par Vladimir Jankélévitch, et nous donne la possibilité « d’entrevoir ce qui n’existe qu’en faisant et en train de faire », cet « élément invisible, ambigu, inexistant » ; « ce qui manque lorsqu’au moins, en apparence, il ne manque rien. »
Classé Monument Historique en 1906, le Donjon de Vez est un lieu incontournable du patrimoine français. Situé au cœur de l’Oise, véritable forteresse médiévale, avec ses murailles, ses courtines, et ses mâchicoulis, le Donjon de Vez est devenu en 1987 un lieu dédié à la création contemporaine. Abritant un ensemble de sculptures monumentales, le Donjon et son parc, labellisé Jardin Remarquable par le ministère de la Culture en 2007, bénéficient d’une mise en valeur originale qui allie installations in situ et architectures féodales. Le Donjon de Vez conjugue patrimoine et modernité, tel un interstice entre l’époque médiévale et contemporaine. Mathilde de Croix, commissaire d'exposition

Vue de l'exposition Edgar Sarin - Pow. R. Toc H. au Donjon de Vez © Romain Darnaud
Galerie Dina Vierny
36 rue Jacob 75006 Paris
53 Rue de Seine, 75006 Paris
Ouvert du mardi au samedi de 11h à 19h
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