Certaines rencontres artistiques semblent écrites d’avance ; d’autres tiennent du hasard absolu et produisent pourtant des effets durables. Celle d’André Bauchant et de Le Corbusier appartient à cette seconde catégorie. Tout semble les opposer : d’un côté, le peintre autodidacte de Touraine, ancien jardinier devenu figure singulière de la peinture dite « naïve » ; de l’autre, l’architecte-théoricien qui fera de la rigueur moderne et du purisme un langage universel. Pourtant, leur dialogue traversera plus de trois décennies.01.07.2026
Le Corbusier dans son appartement devant L’Assomption de la Vierge d’André Bauchant (1924) en 1928 L’exposition présentée à la Sammlung Zander en janvier 2026 revient sur cette relation inattendue, née au début des années 1920 et nourrie d’admiration réciproque, d’échanges intellectuels et d’une correspondance abondante aujourd’hui rendue accessible. À travers des œuvres, des archives et des prêts exceptionnels de la Fondation Le Corbusier, elle éclaire moins une influence directe qu’une reconnaissance mutuelle entre deux visions du monde. L’histoire commence au Salon d’Automne de 1921. Le Corbusier découvre alors les peintures d’André Bauchant. Le choc est immédiat. Face à ces scènes peuplées de figures mythologiques, de paysages intemporels et de récits flottant entre mémoire et imagination, l’architecte s’arrête devant ce qui paraît être l’exact contraire de ses propres recherches esthétiques.


Vue de l'exposition André Bauchant / Le Corbusier: Autodidacts of the Avant-Garde au Sammlung Zander © Simon Vogel

Vue de l'exposition André Bauchant / Le Corbusier: Autodidacts of the Avant-Garde au Sammlung Zander © Simon Vogel
Bauchant n’est ni académicien ni avant-gardiste. Né à Château-Renault en 1873, il quitte l’école à quatorze ans pour travailler comme jardinier avant de diriger sa propre pépinière. Ses voyages professionnels nourrissent un intérêt croissant pour l’histoire ancienne et les paysages patrimoniaux. Mais c’est la Première Guerre mondiale qui provoque un basculement. Mobilisé à plus de quarante ans et envoyé dans la campagne des Dardanelles, il découvre les lieux mythiques qu’il connaissait jusque-là uniquement par les livres. Plus tard, il évoquera cette expérience comme une révélation : la Grèce, l’Olympe, Homère deviennent pour lui des réalités sensibles.

Vue de l'exposition André Bauchant / Le Corbusier: Autodidacts of the Avant-Garde au Sammlung Zander © Simon Vogel

Vue de l'exposition André Bauchant / Le Corbusier: Autodidacts of the Avant-Garde au Sammlung Zander © Simon Vogel
De retour en Touraine, il abandonne progressivement son activité horticole pour se consacrer à la peinture. Son œuvre se construit alors hors des écoles et des cercles parisiens : scènes historiques, récits mythologiques, visions religieuses, portraits, fleurs, oiseaux et paysages composent un univers où le quotidien côtoie l’antique avec une liberté désarmante. Cette liberté fascine Le Corbusier. Dans L’Esprit nouveau, revue qu’il fonde en 1920 avec Amédée Ozenfant et Paul Dermée, il devient l’un des premiers à défendre publiquement Bauchant. Il écrit à son sujet cette phrase devenue célèbre : « Bauchant, peintre-poète, parce qu’il n’a aucune préoccupation esthétique, aucun scrupule, et cette naïveté qui laisse tout oser, s’en tire à merveille, avec une habileté d’artisan qui manque trop souvent aux artistes de classes intellectuelles. »

André Bauchant, Bouquet Le Corbusier, 1927, huile sur toile, 79 x 63 cm, collection privée, Paris © Galerie Dina Vierny
Le mot « naïveté » ne doit pas être entendu ici comme une faiblesse. Pour Le Corbusier, elle représente au contraire une forme de résistance aux conventions esthétiques. Chez Bauchant, il voit une création encore intacte, affranchie des codes académiques et du goût dominant. L’exposition montre avec finesse combien cette admiration dépasse la simple curiosité pour l’art naïf. Le Corbusier se rend plusieurs fois chez Bauchant, à « La Blutière », son refuge tourangeau. Il achète ses œuvres, recommande le peintre à des collectionneurs et contribue à faire connaître son travail dans les milieux artistiques. Leur relation s’inscrit dans un échange plus profond : une réflexion commune sur l’authenticité du geste créateur. Ce qui apparaît ici est aussi un portrait inattendu de Le Corbusier lui-même. Derrière le théoricien de la ville moderne se dessine un homme qui revendique volontiers une position marginale, se présentant comme un « paysan de Paris » et cherchant dans certaines pratiques autodidactes une énergie que la culture officielle aurait perdue.

Bouquet Le Corbusier (1927) d’André Bauchant, dans la villa Le Lac, photographié par Erling Mandelmann en 1964 © FLC/ADAGP
À travers ce prisme, Bauchant devient plus qu’un artiste admiré : il incarne une possibilité de renouvellement de l’art. Une figure du créateur libre, proche de ce que l’on nommerait aujourd’hui le bricolage ou la pensée intuitive — cette capacité à composer avec ce qui est disponible plutôt qu’à appliquer un système préétabli. L’exposition rappelle également le rôle essentiel joué plus tard par Charlotte Zander dans la redécouverte de Bauchant. Dès les années 1970, elle expose régulièrement son œuvre en Allemagne et constitue l’un des ensembles les plus importants consacrés au peintre. La collection de la Sammlung Zander conserve aujourd’hui plus de 140 peintures et dessins, dont certaines œuvres provenant de la collection personnelle de Le Corbusier. Alexandra Ianc
Bauchant n’est ni académicien ni avant-gardiste. Né à Château-Renault en 1873, il quitte l’école à quatorze ans pour travailler comme jardinier avant de diriger sa propre pépinière. Ses voyages professionnels nourrissent un intérêt croissant pour l’histoire ancienne et les paysages patrimoniaux. Mais c’est la Première Guerre mondiale qui provoque un basculement. Mobilisé à plus de quarante ans et envoyé dans la campagne des Dardanelles, il découvre les lieux mythiques qu’il connaissait jusque-là uniquement par les livres. Plus tard, il évoquera cette expérience comme une révélation : la Grèce, l’Olympe, Homère deviennent pour lui des réalités sensibles.
Le Corbusier dans son appartement devant L’Assomption de la Vierge d’André Bauchant (1924) en 1928 Certaines rencontres artistiques semblent écrites d’avance ; d’autres tiennent du hasard absolu et produisent pourtant des effets durables. Celle d’André Bauchant et de Le Corbusier appartient à cette seconde catégorie. Tout semble les opposer : d’un côté, le peintre autodidacte de Touraine, ancien jardinier devenu figure singulière de la peinture dite « naïve » ; de l’autre, l’architecte-théoricien qui fera de la rigueur moderne et du purisme un langage universel. Pourtant, leur dialogue traversera plus de trois décennies.
L’exposition présentée à la Sammlung Zander en janvier 2026 revient sur cette relation inattendue, née au début des années 1920 et nourrie d’admiration réciproque, d’échanges intellectuels et d’une correspondance abondante aujourd’hui rendue accessible. À travers des œuvres, des archives et des prêts exceptionnels de la Fondation Le Corbusier, elle éclaire moins une influence directe qu’une reconnaissance mutuelle entre deux visions du monde. L’histoire commence au Salon d’Automne de 1921. Le Corbusier découvre alors les peintures d’André Bauchant. Le choc est immédiat. Face à ces scènes peuplées de figures mythologiques, de paysages intemporels et de récits flottant entre mémoire et imagination, l’architecte s’arrête devant ce qui paraît être l’exact contraire de ses propres recherches esthétiques.
Bauchant n’est ni académicien ni avant-gardiste. Né à Château-Renault en 1873, il quitte l’école à quatorze ans pour travailler comme jardinier avant de diriger sa propre pépinière. Ses voyages professionnels nourrissent un intérêt croissant pour l’histoire ancienne et les paysages patrimoniaux. Mais c’est la Première Guerre mondiale qui provoque un basculement. Mobilisé à plus de quarante ans et envoyé dans la campagne des Dardanelles, il découvre les lieux mythiques qu’il connaissait jusque-là uniquement par les livres. Plus tard, il évoquera cette expérience comme une révélation : la Grèce, l’Olympe, Homère deviennent pour lui des réalités sensibles.

Vue de l'exposition André Bauchant / Le Corbusier: Autodidacts of the Avant-Garde au Sammlung Zander © Simon Vogel

Vue de l'exposition André Bauchant / Le Corbusier: Autodidacts of the Avant-Garde au Sammlung Zander © Simon Vogel
De retour en Touraine, il abandonne progressivement son activité horticole pour se consacrer à la peinture. Son œuvre se construit alors hors des écoles et des cercles parisiens : scènes historiques, récits mythologiques, visions religieuses, portraits, fleurs, oiseaux et paysages composent un univers où le quotidien côtoie l’antique avec une liberté désarmante. Cette liberté fascine Le Corbusier. Dans L’Esprit nouveau, revue qu’il fonde en 1920 avec Amédée Ozenfant et Paul Dermée, il devient l’un des premiers à défendre publiquement Bauchant. Il écrit à son sujet cette phrase devenue célèbre : « Bauchant, peintre-poète, parce qu’il n’a aucune préoccupation esthétique, aucun scrupule, et cette naïveté qui laisse tout oser, s’en tire à merveille, avec une habileté d’artisan qui manque trop souvent aux artistes de classes intellectuelles. »

André Bauchant, Bouquet Le Corbusier, 1927, huile sur toile, 79 x 63 cm, collection privée, Paris © Galerie Dina Vierny
Le mot « naïveté » ne doit pas être entendu ici comme une faiblesse. Pour Le Corbusier, elle représente au contraire une forme de résistance aux conventions esthétiques. Chez Bauchant, il voit une création encore intacte, affranchie des codes académiques et du goût dominant. L’exposition montre avec finesse combien cette admiration dépasse la simple curiosité pour l’art naïf. Le Corbusier se rend plusieurs fois chez Bauchant, à « La Blutière », son refuge tourangeau. Il achète ses œuvres, recommande le peintre à des collectionneurs et contribue à faire connaître son travail dans les milieux artistiques. Leur relation s’inscrit dans un échange plus profond : une réflexion commune sur l’authenticité du geste créateur. Ce qui apparaît ici est aussi un portrait inattendu de Le Corbusier lui-même. Derrière le théoricien de la ville moderne se dessine un homme qui revendique volontiers une position marginale, se présentant comme un « paysan de Paris » et cherchant dans certaines pratiques autodidactes une énergie que la culture officielle aurait perdue.

Bouquet Le Corbusier (1927) d’André Bauchant, dans la villa Le Lac, photographié par Erling Mandelmann en 1964 © FLC/ADAGP
À travers ce prisme, Bauchant devient plus qu’un artiste admiré : il incarne une possibilité de renouvellement de l’art. Une figure du créateur libre, proche de ce que l’on nommerait aujourd’hui le bricolage ou la pensée intuitive — cette capacité à composer avec ce qui est disponible plutôt qu’à appliquer un système préétabli. L’exposition rappelle également le rôle essentiel joué plus tard par Charlotte Zander dans la redécouverte de Bauchant. Dès les années 1970, elle expose régulièrement son œuvre en Allemagne et constitue l’un des ensembles les plus importants consacrés au peintre. La collection de la Sammlung Zander conserve aujourd’hui plus de 140 peintures et dessins, dont certaines œuvres provenant de la collection personnelle de Le Corbusier. Alexandra Ianc
Galerie Dina Vierny
36 rue Jacob 75006 Paris
53 Rue de Seine, 75006 Paris
Ouvert du mardi au samedi de 11h à 19h
Galerie Dina Vierny
36 rue Jacob 75006 Paris
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Ouvert du mardi au samedi
de 11h à 19h
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