Hommage à Jean Fournier

 
 À l’occasion de l’exposition Hommage à Jean Fournier, présentée du 18 septembre au 19 décembre à la Galerie Dina Vierny (53, rue de Seine), Molly Warnock, directrice du projet de Catalogue raisonné de Clyfford Still, vous invite à découvrir le parcours de l'exposition.
03.10.2026
Dina Vierny Vue de l'exposition Hommage à Jean Fournier, Galerie Dina Vierny, 2026. Au centre : Sam Francis, Blue Figure (Blue IV), 1960 Photo : © Jean Vayssié. Œuvres : Sam Francis, © Sam Francis Foundation, California / Adagp, Paris, 2026
« Libraire de formation, Jean Fournier commence à organiser des expositions à la Librairie Kléber (bientôt connue sous le nom de Galerie Kléber) en 1954, galvanisé par ses rencontres directes avec certains artistes et certaines œuvres. Au cours des cinq décennies suivantes, il élabore un programme singulier par son attachement à l’abstraction picturale. Jamais il n’a envisagé que la peinture fût arrivée à son terme, ni qu’il n’existât qu’une seule manière de la poursuivre. Sa galerie éponyme a bien plutôt défendu l’abstraction comme un phénomène pluriel, une conversation en perpétuelle évolution. 	

Vue de l'exposition Hommage à Jean Fournier, Galerie Dina Vierny, 2026. À gauche : Shirley Jaffe, C 3-2-1, 1972 ; à droite : Stéphane Bordarier, 20.VI.2023, 2023. Photo : © Jean Vayssié. Œuvres : Shirley Jaffe, © Adagp, Paris, 2026 (succession représentée par la galerie Nathalie Obadia) ; Stéphane Bordarier, © Stéphane Bordarier.


 Le génie de Fournier en tant que galeriste tenait à deux convictions étroitement liées. La première : la peinture est un mode de pensée. Parmi les artistes de la première heure de Fournier, Simon Hantaï, Jean Degottex et Judit Reigl ont embrassé l’innovation formelle comme un impératif existentiel : on changeait d’outils, de techniques, de matériaux pour découvrir ce que l’on ne pouvait savoir d’avance, ni par d’autres moyens. Tout au long de l’histoire de la galerie, cette réinvention du langage pictural a pris bien des formes, des tesselles de Jean-Paul Riopelle appliquées au couteau et de la touche extraordinairement différenciée de Joan Mitchell aux voiles superposés de James Bishop, nappes d’une couleur infiniment subtile, et jusqu’aux concaténations toujours plus complexes de formes bondissantes de Shirley Jaffe. Les empreintes teintes et pochées de Claude Viallat et les étendues diaprées de pigment lié à la colle de Stéphane Bordarier portent ce questionnement jusqu’à nous. 

Vue de l'exposition Hommage à Jean Fournier, Galerie Dina Vierny, 2026. Au centre : Jean Degottex, Et dix mille choses..., 1958; A gauche : Jean Paul Riopelle, À la plante des pieds, 1958 Photo : © Jean Vayssié. Œuvres : Jean Degottex, © Adagp, Paris, 2026 ; Jean Paul Riopelle, © Jean Paul Riopelle / Adagp, Paris, 2026.

 La seconde conviction était que la pratique artistique est l’aventure de toute une vie. Fournier allait vers des figures singulières, aux positions affirmées, et leur donnait l’espace et le soutien nécessaires pour se développer librement. Ses relations avec les artistes s’étendaient couramment sur des décennies, et les carrières créatrices sont, en retour, des modèles de longévité et de renouvellement, riches de sommets et d’accomplissements divers — mais aussi de périodes d’hésitation, de latence et de doute, comme de régressions, de suspensions et de retraits délibérés. Aucun itinéraire ne gouvernait les autres. C’est précisément pour cette raison, pourtant, que des dialogues mutuellement éclairants se sont noués au sein des générations et entre elles. 

Simon Hantaï, Blancs, 1973. Photo : © Jean Vayssié. Œuvre : © Archives Simon Hantaï / Adagp, Paris, 2026.

James Bishop, Reading, 1965. Photo : © Jean Vayssié. Œuvre : © James Bishop

 Parmi les nombreuses œuvres remarquables de cette exposition, deux attestent tout particulièrement la richesse des relais entre les pratiques individuelles à la Galerie Jean Fournier : Sam Francis, Blue Figure (Blue IV), 1960, et Simon Hantaï, Blancs, 1973. Séparément comme ensemble, ces toiles rassemblent des fils essentiels de l’histoire de la galerie : l’héritage de l’expressionnisme abstrait et d’Henri Matisse ; le rôle génératif des nouveaux procédés matériels ; la primauté de la couleur ; et le potentiel dynamique de la toile nue. Chacune est à la fois un énoncé indépendant et un fragment vital d’un échange plus vaste et toujours en cours sur les possibilités persistantes de la peinture. Témoignages de la foi inébranlable de Fournier dans l’art et les artistes, elles rappellent une galerie qui ne fut jamais un simple espace d’exposition, mais aussi, et c’est essentiel, un lieu qui rendait la création possible. »

Molly Warnock, 
Arts writer, editor, and curator; Director of the Clyfford Still Catalogue Raisonné Project
 Le génie de Fournier en tant que galeriste tenait à deux convictions étroitement liées. La première : la peinture est un mode de pensée. Parmi les artistes de la première heure de Fournier, Simon Hantaï, Jean Degottex et Judit Reigl ont embrassé l’innovation formelle comme un impératif existentiel : on changeait d’outils, de techniques, de matériaux pour découvrir ce que l’on ne pouvait savoir d’avance, ni par d’autres moyens. Tout au long de l’histoire de la galerie, cette réinvention du langage pictural a pris bien des formes, des tesselles de Jean-Paul Riopelle appliquées au couteau et de la touche extraordinairement différenciée de Joan Mitchell aux voiles superposés de James Bishop, nappes d’une couleur infiniment subtile, et jusqu’aux concaténations toujours plus complexes de formes bondissantes de Shirley Jaffe. Les empreintes teintes et pochées de Claude Viallat et les étendues diaprées de pigment lié à la colle de Stéphane Bordarier portent ce questionnement jusqu’à nous. 
Dina Vierny Vue de l'exposition Hommage à Jean Fournier, Galerie Dina Vierny, 2026. Au centre : Sam Francis, Blue Figure (Blue IV), 1960 Photo : © Jean Vayssié. Œuvres : Sam Francis, © Sam Francis Foundation, California / Adagp, Paris, 2026

Hommage à Jean Fournier

03.10.2026
 
 À l’occasion de l’exposition Hommage à Jean Fournier, présentée du 18 septembre au 19 décembre à la Galerie Dina Vierny (53, rue de Seine), Molly Warnock, directrice du projet de Catalogue raisonné de Clyfford Still, vous invite à découvrir le parcours de l'exposition.
« Libraire de formation, Jean Fournier commence à organiser des expositions à la Librairie Kléber (bientôt connue sous le nom de Galerie Kléber) en 1954, galvanisé par ses rencontres directes avec certains artistes et certaines œuvres. Au cours des cinq décennies suivantes, il élabore un programme singulier par son attachement à l’abstraction picturale. Jamais il n’a envisagé que la peinture fût arrivée à son terme, ni qu’il n’existât qu’une seule manière de la poursuivre. Sa galerie éponyme a bien plutôt défendu l’abstraction comme un phénomène pluriel, une conversation en perpétuelle évolution. 	
 Le génie de Fournier en tant que galeriste tenait à deux convictions étroitement liées. La première : la peinture est un mode de pensée. Parmi les artistes de la première heure de Fournier, Simon Hantaï, Jean Degottex et Judit Reigl ont embrassé l’innovation formelle comme un impératif existentiel : on changeait d’outils, de techniques, de matériaux pour découvrir ce que l’on ne pouvait savoir d’avance, ni par d’autres moyens. Tout au long de l’histoire de la galerie, cette réinvention du langage pictural a pris bien des formes, des tesselles de Jean-Paul Riopelle appliquées au couteau et de la touche extraordinairement différenciée de Joan Mitchell aux voiles superposés de James Bishop, nappes d’une couleur infiniment subtile, et jusqu’aux concaténations toujours plus complexes de formes bondissantes de Shirley Jaffe. Les empreintes teintes et pochées de Claude Viallat et les étendues diaprées de pigment lié à la colle de Stéphane Bordarier portent ce questionnement jusqu’à nous. 

Vue de l'exposition Hommage à Jean Fournier, Galerie Dina Vierny, 2026. Au centre : Jean Degottex, Et dix mille choses..., 1958; A gauche : Jean Paul Riopelle, À la plante des pieds, 1958 Photo : © Jean Vayssié. Œuvres : Jean Degottex, © Adagp, Paris, 2026 ; Jean Paul Riopelle, © Jean Paul Riopelle / Adagp, Paris, 2026.

 La seconde conviction était que la pratique artistique est l’aventure de toute une vie. Fournier allait vers des figures singulières, aux positions affirmées, et leur donnait l’espace et le soutien nécessaires pour se développer librement. Ses relations avec les artistes s’étendaient couramment sur des décennies, et les carrières créatrices sont, en retour, des modèles de longévité et de renouvellement, riches de sommets et d’accomplissements divers — mais aussi de périodes d’hésitation, de latence et de doute, comme de régressions, de suspensions et de retraits délibérés. Aucun itinéraire ne gouvernait les autres. C’est précisément pour cette raison, pourtant, que des dialogues mutuellement éclairants se sont noués au sein des générations et entre elles. 

Simon Hantaï, Blancs, 1973. Photo : © Jean Vayssié. Œuvre : © Archives Simon Hantaï / Adagp, Paris, 2026.

James Bishop, Reading, 1965. Photo : © Jean Vayssié. Œuvre : © James Bishop

 Parmi les nombreuses œuvres remarquables de cette exposition, deux attestent tout particulièrement la richesse des relais entre les pratiques individuelles à la Galerie Jean Fournier : Sam Francis, Blue Figure (Blue IV), 1960, et Simon Hantaï, Blancs, 1973. Séparément comme ensemble, ces toiles rassemblent des fils essentiels de l’histoire de la galerie : l’héritage de l’expressionnisme abstrait et d’Henri Matisse ; le rôle génératif des nouveaux procédés matériels ; la primauté de la couleur ; et le potentiel dynamique de la toile nue. Chacune est à la fois un énoncé indépendant et un fragment vital d’un échange plus vaste et toujours en cours sur les possibilités persistantes de la peinture. Témoignages de la foi inébranlable de Fournier dans l’art et les artistes, elles rappellent une galerie qui ne fut jamais un simple espace d’exposition, mais aussi, et c’est essentiel, un lieu qui rendait la création possible. »

Molly Warnock, 
Arts writer, editor, and curator; Director of the Clyfford Still Catalogue Raisonné Project

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