En 1948, Robert Couturier participe pour la toute première fois à la Biennale de Venise, l'un des événements internationaux les plus fondateurs de l'art contemporain dans l'après-guerre en Europe.15.05.2026
Robert Couturier devant Femme s’essuyant la jambe, 1952 à la Biennale de Venise 1960 © Farabola / Bridgeman Images Le choix des artistes se fait au niveau national, par des comités indépendants. Robert Couturier y est sélectionné à trois reprises : en 1948, 1950 et 1960 — trois participations distinctes qui témoignent à la fois de l'évolution de sa pratique artistique et de l'importance croissante de l'artiste sur la scène sculptural française. À chaque édition, il est choisi pour être l'ambassadeur de la sculpture française, et plus précisément pour représenter la nouvelle sculpture figurative. Pour sa première participation à cet événement majeur, Robert Couturier se présente avec Sophie, une sculpture en plâtre réalisée dix ans auparavant. La période de l'après-guerre se révèle difficile pour l'artiste, qui souffre d'un manque de reconnaissance. À ce moment, les sculpteurs émergents se trouvent souvent placés dans la continuité des grands maîtres de l'entre-deux-guerres, ce qui leur permet d'affirmer leur légitimité au regard d'un public contemporain relativement hostile.Sophie est ainsi présentée à côté de l'une des sculptures les plus célèbres de son maître Maillol, La Nuit, avec laquelle elle entre en dialogue


Vue du pavillon français à la Biennale de Venise 1948 © DR
1950 : une voix propre qui s'affirme Lors de la Biennale de 1950, on découvre un Robert Couturier sensiblement plus affirmé, présentant des œuvres davantage représentatives de sa propre stylistique, dans un mouvement de détachement progressif de l'esthétique maillolienne. Il y expose La Jeune fille Lamelliforme — l'un de ses chefs-d'œuvre, qu'il présentera également à la Biennale de São Paulo en 1951 —, ainsi qu'une maquette en plâtre du Monument à Étienne Dolet, Adam et Eve, Saint Sébastien, La Faune et Nocturne. Un dénominateur commun unit ces œuvres : le travail sur l'allongement des masses et la réduction des volumes. Au sein du Pavillon français, elles sont mises en dialogue avec la Serpentine d'Henri Matisse (1909), établissant ainsi une nouvelle filiation formelle entre le maître incontesté et le jeune Couturier.

Vue du pavillon français à la Biennale de Venise 1950 © DR
1960 : la consécration dans la controverse À l'édition de 1960, Couturier présente un ensemble d'œuvres plus pleinement représentatives de ses recherches sculpturales : Femme qui marche, Le Berger, La Pensée, Femme debout à la cruche , parmi d'autres. Il expose également quatre dessins en écho à ses sculptures — Léda, Satyre,Plage et Mer. Les envois pour cette édition sont gérés par l'intermédiaire du critique Raymond Cogniat, qui obtient que la salle centrale du Pavillon Français soit entièrement attribuée à Robert Couturier. Cogniat propose par ailleurs d'installer une ou deux pièces dans le jardin, en dehors du pavillon — une décision qui prolonge sa réflexion sur le rapport entre la sculpture et l'espace architectural. La réception critique de cette participation est mitigée. Pierre Restany, dans la revue Cimaise, écrit avec une ironie mordante que la France a mis « à la place d'honneur Robert Couturier, son Idylle, sa Danaïde et ses nageuses », tout en reconnaissant à l'artiste « beaucoup de sens plastique », avant de conclure que « l'école de Paris offrait de plus intéressantes possibilités de choix à nos sélectionneurs ». Cette réception ambivalente reflète les tensions profondes qui traversent alors la scène artistique : la sculpture contemporaine peine à faire accepter ses nouvelles propositions plastiques, surtout celles portées par les jeunes sculpteurs figuratifs. À rebours de cette lecture, Raymond Cogniat, dans le texte qu'il rédige pour le catalogue, brosse un portrait tout autre de l'artiste. Il le présente comme un sculpteur indépendant, « marqué par aucune influence précise », dans la lointaine continuité de Maillol, tout en soulignant que son œuvre « s'inscrit indiscutablement dans l'esthétique actuelle et de la façon la plus personnelle ». Pour Cogniat, Couturier appartient au présent par « ce besoin d'invention dans l'écriture qui renouvelle complètement les apparences ». Il y perçoit une grâce naturelle qui l'apparente aux sculpteurs des jardins de Versailles, doublée d'une tension et d'une inquiétude qui l'ancrent dans le drame contemporain. « Elles sont vivantes comme une pensée qui vient de prendre forme », écrit-il au sujet de ses figures, réaffirmant que dans ses inventions les plus originales, Couturier « donne toujours l'impression de respecter la vérité ».

Vue du pavillon français à la Biennale de Venise 1950 © DR

Vue du pavillon français à la Biennale de Venise 1950 © DR
Ces trois participations venitiennes, de 1948 à 1960, dessinent en creux la trajectoire d'un sculpteur qui, parti dans l'ombre de Maillol, aura su affirmer progressivement un langage plastique singulier, ancré dans la figuration sans jamais s'y enfermer. La réception partagée de 1960, entre la sévérité de Restany et l'engagement de Cogniat, reflète moins un jugement sur Couturier que les tensions profondes d'une scène artistique alors tiraillée entre figuration renouvelée et avant-gardes triomphantes.
1950 : une voix propre qui s'affirme Lors de la Biennale de 1950, on découvre un Robert Couturier sensiblement plus affirmé, présentant des œuvres davantage représentatives de sa propre stylistique, dans un mouvement de détachement progressif de l'esthétique maillolienne. Il y expose La Jeune fille Lamelliforme — l'un de ses chefs-d'œuvre, qu'il présentera également à la Biennale de São Paulo en 1951 —, ainsi qu'une maquette en plâtre du Monument à Étienne Dolet, Adam et Eve, Saint Sébastien, La Faune et Nocturne. Un dénominateur commun unit ces œuvres : le travail sur l'allongement des masses et la réduction des volumes. Au sein du Pavillon français, elles sont mises en dialogue avec la Serpentine d'Henri Matisse (1909), établissant ainsi une nouvelle filiation formelle entre le maître incontesté et le jeune Couturier.
Robert Couturier devant Femme s’essuyant la jambe, 1952 à la Biennale de Venise 1960 © Farabola / Bridgeman Images En 1948, Robert Couturier participe pour la toute première fois à la Biennale de Venise, l'un des événements internationaux les plus fondateurs de l'art contemporain dans l'après-guerre en Europe.
Le choix des artistes se fait au niveau national, par des comités indépendants. Robert Couturier y est sélectionné à trois reprises : en 1948, 1950 et 1960 — trois participations distinctes qui témoignent à la fois de l'évolution de sa pratique artistique et de l'importance croissante de l'artiste sur la scène sculptural française. À chaque édition, il est choisi pour être l'ambassadeur de la sculpture française, et plus précisément pour représenter la nouvelle sculpture figurative. Pour sa première participation à cet événement majeur, Robert Couturier se présente avec Sophie, une sculpture en plâtre réalisée dix ans auparavant. La période de l'après-guerre se révèle difficile pour l'artiste, qui souffre d'un manque de reconnaissance. À ce moment, les sculpteurs émergents se trouvent souvent placés dans la continuité des grands maîtres de l'entre-deux-guerres, ce qui leur permet d'affirmer leur légitimité au regard d'un public contemporain relativement hostile.Sophie est ainsi présentée à côté de l'une des sculptures les plus célèbres de son maître Maillol, La Nuit, avec laquelle elle entre en dialogue
1950 : une voix propre qui s'affirme Lors de la Biennale de 1950, on découvre un Robert Couturier sensiblement plus affirmé, présentant des œuvres davantage représentatives de sa propre stylistique, dans un mouvement de détachement progressif de l'esthétique maillolienne. Il y expose La Jeune fille Lamelliforme — l'un de ses chefs-d'œuvre, qu'il présentera également à la Biennale de São Paulo en 1951 —, ainsi qu'une maquette en plâtre du Monument à Étienne Dolet, Adam et Eve, Saint Sébastien, La Faune et Nocturne. Un dénominateur commun unit ces œuvres : le travail sur l'allongement des masses et la réduction des volumes. Au sein du Pavillon français, elles sont mises en dialogue avec la Serpentine d'Henri Matisse (1909), établissant ainsi une nouvelle filiation formelle entre le maître incontesté et le jeune Couturier.

Vue du pavillon français à la Biennale de Venise 1950 © DR
1960 : la consécration dans la controverse À l'édition de 1960, Couturier présente un ensemble d'œuvres plus pleinement représentatives de ses recherches sculpturales : Femme qui marche, Le Berger, La Pensée, Femme debout à la cruche , parmi d'autres. Il expose également quatre dessins en écho à ses sculptures — Léda, Satyre,Plage et Mer. Les envois pour cette édition sont gérés par l'intermédiaire du critique Raymond Cogniat, qui obtient que la salle centrale du Pavillon Français soit entièrement attribuée à Robert Couturier. Cogniat propose par ailleurs d'installer une ou deux pièces dans le jardin, en dehors du pavillon — une décision qui prolonge sa réflexion sur le rapport entre la sculpture et l'espace architectural. La réception critique de cette participation est mitigée. Pierre Restany, dans la revue Cimaise, écrit avec une ironie mordante que la France a mis « à la place d'honneur Robert Couturier, son Idylle, sa Danaïde et ses nageuses », tout en reconnaissant à l'artiste « beaucoup de sens plastique », avant de conclure que « l'école de Paris offrait de plus intéressantes possibilités de choix à nos sélectionneurs ». Cette réception ambivalente reflète les tensions profondes qui traversent alors la scène artistique : la sculpture contemporaine peine à faire accepter ses nouvelles propositions plastiques, surtout celles portées par les jeunes sculpteurs figuratifs. À rebours de cette lecture, Raymond Cogniat, dans le texte qu'il rédige pour le catalogue, brosse un portrait tout autre de l'artiste. Il le présente comme un sculpteur indépendant, « marqué par aucune influence précise », dans la lointaine continuité de Maillol, tout en soulignant que son œuvre « s'inscrit indiscutablement dans l'esthétique actuelle et de la façon la plus personnelle ». Pour Cogniat, Couturier appartient au présent par « ce besoin d'invention dans l'écriture qui renouvelle complètement les apparences ». Il y perçoit une grâce naturelle qui l'apparente aux sculpteurs des jardins de Versailles, doublée d'une tension et d'une inquiétude qui l'ancrent dans le drame contemporain. « Elles sont vivantes comme une pensée qui vient de prendre forme », écrit-il au sujet de ses figures, réaffirmant que dans ses inventions les plus originales, Couturier « donne toujours l'impression de respecter la vérité ».

Vue du pavillon français à la Biennale de Venise 1950 © DR

Vue du pavillon français à la Biennale de Venise 1950 © DR
Ces trois participations venitiennes, de 1948 à 1960, dessinent en creux la trajectoire d'un sculpteur qui, parti dans l'ombre de Maillol, aura su affirmer progressivement un langage plastique singulier, ancré dans la figuration sans jamais s'y enfermer. La réception partagée de 1960, entre la sévérité de Restany et l'engagement de Cogniat, reflète moins un jugement sur Couturier que les tensions profondes d'une scène artistique alors tiraillée entre figuration renouvelée et avant-gardes triomphantes.
Galerie Dina Vierny
36 rue Jacob 75006 Paris
53 Rue de Seine, 75006 Paris
Ouvert du mardi au samedi de 11h à 19h
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